Entrevue avec Emilie Girard-Charest pour l’album “Avec” [KOHL 33]

emilie

KR : Peux-tu nous expliquer à quoi est-ce qu’on peut s’attendre sur ton album?

Avec est un album de voyage.

Il y a deux ans, je suis partie en Europe pour suivre le programme de Master CoPeCo (Contemporary Performance and Composition) qui est une collaboration entre l’Eesti Muusika- Ja Teatriakadeemia (Estonie), la Kungl. Musikhögskolan i Stockholm (Suède), le Conservatoire National Supérieur Musique et Danse de Lyon (France) et la Hochschule für Musik und Theater Hamburg (Allemagne). Ce programme est conçu de façon à ce que les étudiants puissent découvrir les différentes scènes européennes tout en poursuivant leurs parcours scolaire. Chacune des quatre sessions se déroule dans un pays différent, ce qui m’a amenée, sur deux ans, à passer quelques mois dans chacune des écoles impliquées et à vivre dans quatre villes radicalement différentes les unes des autres, tant musicalement que culturellement.

Au fil de ces voyages, j’ai croisé sur mon chemin de nombreux improvisateurs et j’ai eu envie de documenter ces rencontres. C’est de là qu’est née l’idée de l’album. Entre janvier 2015 et juin 2016, nous avons enregistré les différents duos et trios qui le composent avec huit musiciens singuliers qui se sont généreusement prêtés au jeu (un gros merci et un gros bec à chacun d’eux): Mart Soo (https://et.wikipedia.org/wiki/Mart_Soo), un des piliers de la scène d’impro estonienne, Claudine Simon (http://claudinesimon.com/WP/), pianiste polyvalente qui se consacre tant au répertoire qu’aux collaborations transdisciplinaires, Emmanuel Scarpa (http://www.emmanuelscarpa.com), percussionniste et compositeur qui navigue aisément de la création contemporaine au jazz, en passant par le rock et les musiques bruitistes, Marc Vilanova (http://www.marcvilanova.com) saxophoniste d’impro et grand voyageur, Scott Miller (http://www.scottlmiller.net), compositeur, improvisateur électro et professeur, Sylvain Devaux (http://www.collectifwarning.com/portfolio_page/sylvain-devaux/), hautboïste défendant avec le même enthousiasme le répertoire classique que l’improvisation et la création, Sergio Castrillon (https://sergiocastrillon.com) violoncelliste et compositeur intéressé par tous les types de sons et de manifestions créatives, et James Andean (http://jamesandean.com/#) compositeur, improvisateur, artiste sonore et chercheur.

Avec est le témoignage de ces différentes rencontres, chacun des enregistrements portant en lui l’empreinte de l’instant et de l’endroit où ils ont été réalisés.

KR : Qu’est-ce qui t’intéresse dans la collaboration? Comment est-ce que ça affecte ton approche musicale?

Ce qui m’intéresse le plus dans la collaboration, c’est d’observer la circulation et le développement des idées pendant le processus de travail. C’est, à mon sens, le meilleur moyen d’apprendre, tant sur moi et sur ma pratique artistique que sur l’autre. De travailler avec un autre artiste est pour moi une occasion privilégiée de comprendre sa démarche plus en profondeur, en ce qui a trait à son œuvre elle-même, mais aussi par rapport à tout ce qui touche ses méthodes de travail, ses objectifs, sa façon de structurer sa pensée, etc. Il est aussi très révélateur pour moi de voir la lecture que d’autres font de mon travail, ce qui, souvent, m’amène à développer mes idées dans des directions que je n’aurais pas envisagées. De confronter mon approche à celle des autres m’amène à me remettre en question et à considérer de nouvelles possibilités ou, à l’inverse, à confirmer ce que je savais déjà et à raffermir mes positions.

En tant qu’interprète, on travaille presque systématiquement en collaboration. Comme violoncelliste, à moins d’improviser seule ou de jouer ma propre musique, je suis constamment dans une dynamique d’échange, que ça soit avec le compositeur, avec les collègues avec qui je joue ou les deux. Lorsque je compose, j’aime garder cet esprit de musique de chambre et me laisser inspirer par les énergies et les goûts des gens pour lesquels j’écris. Il me fait aussi toujours plaisir d’observer rétrospectivement les traces qu’ont laissées sur mon propre langage les artistes avec lesquels j’ai collaboré et les musiques que j’ai fréquentées.

KR : Ayant collaboré avec plusieurs différents artistes internationaux, quelles sont les majeures différences que tu as observées avec la scène de Montréal?

Ce qui me frappe le plus à chaque fois que je reviens à Montréal, c’est combien notre milieu musical est ouvert. On y fait des musiques pour tous les goûts et il y a des publics pour tous les genres.

Nos différentes scènes sont d’ailleurs très poreuses et nous nous mêlons volontiers les uns aux autres, tant entre les genres musicaux qu’entre les différentes formes d’arts.

KR: Quels sont tes projets à venir?

Beaucoup de choses, très variées et, comme j’ai eu la bougeotte depuis deux ans, j’ai des projets un peu partout.

Des différentes rencontres qui composent Avec sont nés plusieurs projets, dont deux albums d’impro en duo: Race with time avec Mart Soo lancé à Tallinn en février dernier sur l’étiquette estonienne Improtest Records (https://miliegirard-charestmartsoo.bandcamp.com/releases), ainsi qu’un nouvel album enregistré avec Marc Vilanova à Bâle en juin dernier et qui paraîtra prochainement sur l’étiquette espagnole audiotalaia (http://www.audiotalaia.net).

À Montréal, je travaille présentement sur plusieurs projets multidisciplinaires, dont un duo avec la danseuse Sarah Bronsard, Le frottement du monde (https://vimeo.com/56933791), dont nous présenterons une première version en mars 2017 ainsi qu’un duo musico-performatif avec le guitariste et compositeur Charles Quevillon, Tendresse étendue, (https://www.youtube.com/watch?v=fUvNVsQXomo&feature=youtu.be), que nous créerons en juin 2017. Je suis également en train d’écrire un quatuor à cordes qui sera créé par le Quatuor Molinari en mars 2017.

En novembre prochain, je serai à Berlin pour un premier concert en duo avec le compositeur et musicien électronique Nicolas Bougaieff lors duquel nous présenterons un projet croisant musiques contemporaine et techno: Sauvagerie bourgeoise.

Parallèlement à mes activités de violoncelliste et de compositrice, j’ai entamé en septembre un doctorat au CNSM de Lyon. Mon projet de recherche porte sur le développement d’une écriture ergonomique de la microtonalité au violoncelle.

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