Entrevue avec Gian Tenio Carlone pour l’album “Dress like a Woman and Sing about the Devil“ [KOHL042]

Gian Tenio Carlone - kohlenstoff records

Compositeur, bassiste et artiste visuel originaire de Montréal, Gian Tenio Carlone à un goût pour la tragédie dans son approche artistique. Ses œuvres naissent souvent d’un concept extra musical pour se transformer en expérience immersive, intense et haute en émotion. Il intègre souvent la culture populaire dans ses compositions comme point de référence pour jouer avec les conventions et les attentes du public. Le résultat est parfois déstabilisant mais toujours divertissant avec l’aide d’un volet visuel en spectacle pour nourrir sa musique. Il commence son parcours musical à un très jeune âge en jouant du violon avec les souliers de son père et tranquillement les pulsions destructrices de l’adolescence l’ont mené à jouer de la basse électrique. Après des études en interprétation jazz et un baccalauréat en musiques numériques à l’Université de Montréal, Gian Tenio continue à produire ses créations flamboyantes qui ne peuvent provoquer l’indifférence. Voici l’entrevue qu’il a accordé à Kohlenstoff Records.

Ton album “Dress like a Woman and Sing about the Devil” décrit comme de l’électro-punk-progressif traverse les thématiques de l’agression, du cynisme, du désespoir et de la réalisation de soi. Pourrais-tu nous parler du processus de création pour cet album? Comment travailles-tu dans ton studio? Par quoi commences-tu?

Je commence par composer un canevas avec une guitare acoustique et des vocales, comme le ferait un auteur-compositeur. J’invite normalement des musiciens (guitariste et batteur punk Rebel) extérieurs qui n’ont pas conscience de ma première étape de création et je les fais suivre des directives en termes d’intensité, d’énergie et d’atmosphère pour qu’ils improvisent avec leurs instruments. J’amène ensuite leurs enregistrements dans une session de montage avec mon premier squelette de chanson et je supprime la guitare acoustique qui agissait comme seul appui harmonique pour la mélodie vocale. Les prises de son avec les musiciens sont ensuite orchestrées pour accompagner la voix et remplir le trou laissé par la guitare acoustique. Cette manière de composer me permet de faire bouger les textures sonores guidées par la voix. L’harmonie originale est finalement ressentie sans être entendue.

J’imagine qu’il y a des artistes modèles qui inspirent ta création au niveau esthétique. Quels sont-ils?

Mes références musicales sont principalement The Stooges, Death Grips et King Crimson. Ceux qui inspirent le propos extra musical de mes créations sont surtout les humoristes et les guerriers d’arts martiaux mixtes, car pour moi la thématique du punk se retrouve dans d’autres sphères de la vie que seulement la musique. Par exemple; les humoristes que j’appellerais « punk » comme Andrew Dice Clay et Patrice O’neal sont des références directes pour la pièce The Day the Laughter Died. Le titre de l’œuvre American Ninja est tiré d’une entrevue avec le plus grand punk du UFC : Nate Diaz qui a aussi inspiré le ton agressif et provocateur de l’album.

Oui d’ailleurs d’où viennent les voix sur ton album?

Toutes les voix chantées, criées et rappées viennent de moi et sont extrêmement trafiquées à l’aide d’effets numériques. Au début de l’album on entend un extrait de la voix de l’humoriste Bill Burr. Cet extrait est tiré d’un de ses numéros où il imite un vieillard qui critique la musique des jeunes et dit la phrase : « In my day you dressed like a woman and sung about the devil! » C’est d’où j’ai pris le titre de l’album. Sur American Ninja, on entend la voix de Nate Diaz baigné dans du vocoder dire le mot « fight » en continu. Sur The Day the Laughter Died, il y a la voix d’une femme qui parle de ses enfants décédés et un homme obèse qui parle d’haïr sa vie. Les deux étaient des invités sur l’émission de Dr. Phil. Sur la même pièce on entend Patrice O’Neal dire « My world is : trying to be funny. » Ceci est tiré d’une entrevue qu’il a fait à Fox News pour défendre des propos controversés dites par des personnalités de la radio.

Tes pièces sont très denses voir découpées au scalpel. Comment travailles-tu en LIVE? Tu prépares des bandes fixes à l’avance?

J’ai les masters des pièces sans les parties vocales qui me sert de bandes fixes et je performe seulement les parties vocales par dessus celles-ci à l’aide de pédale d’effets.

Peux-tu nous parler de l’aspect visuel (projections) en spectacle?

Dans American Ninja, une pièce qui parle de violence, on voit des vidéos de batailles de rues amateurs entre coupé avec un plan sur une créature humanoïde qui me rappel l’image d’un démon. Cette créature, joué par moi-même, est celui qui est dans l’oreille humaine pour inciter la violence d’une façon séduisante.

Dans The Day the Laughter Died, il y a un montage de tragédies avec des images de bandes dessinées violentes. Le tout pour mettre en parallèles la parodie et le dramatique.

Finalement dans Born in Heavy Armor, qui est une pièce plutôt introspective, on voit beaucoup mon visage en gros plan déformer de façon différentes au courant de la chanson. Les effets sur mon visage sont en lien avec l’évolution de la musique et des paroles.

Ton nom Gian Tenio Carlone, c’est Italien?

Sang pour sang.

Tu as d’abord fais des études en interprétation jazz et par la suite en musiques numériques; Est-ce que tu as dû reconfigurer ton cerveau pour passer du jazz à la musique numérique ou bien l’un a nourrit l’autre?


Je n’ai jamais aimé jouer du jazz, par contre ça m’a apprit beaucoup sur l’harmonie et j’aime la musique avec une harmonie fonctionnelle. Donc, j’ai pris ces connaissances et je les appliquer en musique numérique où le genre est encore ouvert à l’innovation et l’imagination non-censuré.

Tes plus anciennes pièces tel que L’homme qui n’a jamais pleuré (2015) et La Salle de l’Esprit et du Temps (2014) sont de nature beaucoup plus “ambiante” je dirais et se différencies surtout de celles sur ton album “Dress like a Woman and Sing about the Devil”. Que s’est-il produit? Un déclic conceptuel s’est fait à un certain moment?

L’homme qui n’a jamais pleuré conte l’histoire d’un homme refoulé qui peine à extérioriser ses émotions et tombe gravement malade. Son seul espoir de vaincre sa maladie est de réussir à pleurer pour évacuer le stresse toxique de son malheur. Étant incapable de pleurer il fini par tuer sa femme, la seule personne qui lui tenait à cœur, pour le faire enfin pleurer et sauver sa vie. Pour moi, cette histoire démontre un symptôme de la passivité en laissant les choses s’accumuler pour finalement exploser de façon négative. Dans Dress Like a Woman, on est plutôt dans la prise d’action face aux enjeux psychiques. On combat le malheur avec l’agressivité plutôt que l’évitement. La musique reflète ce changement de philosophie, quelque chose que je remarque dans ma propre vie.

Tu comptes poursuivre dans cette direction?

Oui, je pense faire un autre album dans le même style pour explorer un peu plus se monde musical et conceptuel. Éventuellement je vais tourner la page sur cet univers mais il me reste au moins un autre chapitre à composer pour ce projet.

Merci Gian Tenio Carlone!

 

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